Sébastien Mièze sur la Highland Trail 550, une aventure au bout des Highlands

Après avoir brillamment bouclé le mythique Tour Divide aux Etats-Unis, Sébastien Mièze a une nouvelle fois démontré l’étendue de ses capacités d’aventurier en s’attaquant à l’une des épreuves les plus exigeantes du bikepacking européen : la Highland Trail 550.

Au cintre du VTT Théorème FS, Sébastien s’est élancé sur les sentiers sauvages des Highlands écossais pour un périple de plus de 900 kilomètres et près de 16 000 mètres de dénivelé. Entre pistes isolées, portages, terrains techniques et météo écossaise imprévisible, cette aventure ne laisse aucun répit aux participants.

Dans ce décor grandiose où l’autonomie, la gestion de l’effort et la résistance mentale sont mises à rude épreuve, Sébastien a une nouvelle fois repoussé ses limites avec détermination et sang-froid. Une performance qui confirme son statut d’aventurier longue distance accompli, capable d’enchaîner les défis les plus mythiques.

Découvrez son récit de course, ses moments forts et ses impressions sur cette aventure hors norme à travers les terres sauvages d’Écosse.

L’avant course

Après avoir traversé la Manche puis parcouru plus de 1 000 kilomètres en voiture, j’arrive à Tyndrum, petit village niché au cœur des Highlands écossais. Point de départ de nombreuses randonnées et aventures, l’endroit respire déjà le grand nord et les espaces sauvages.

Nous sommes le samedi 9 mai. Le ciel est parfaitement dégagé, l’air est frais et les visages sont détendus. Comme le veut la tradition instaurée par Alan Goldsmith, l’organisateur de l’épreuve, les participants se retrouvent au Real Food Café avant le départ.

Je savoure un dernier café, échange quelques mots avec plusieurs riders et notamment avec Justinas Leveika, certainement l’un des athlètes les plus impressionnants de ces dix dernières années sur les épreuves d’ultra-distance. Arnaud, qui m’a accompagné jusqu’ici, immortalise ces derniers instants avec quelques photos et vidéos.

Les participants viennent principalement du Royaume-Uni, mais aussi du Canada et des États-Unis. Les représentants du continent européen sont rares. Pour ma part, je me sens bien. Les deux dernières nuits ont été consacrées au repos, l’alimentation est en place et la motivation est au maximum. Tous les voyants sont au vert.

Le départ

Ma stratégie est simple : avancer efficacement sans perdre de temps aux ravitaillements.

J’ai embarqué un maximum de barres énergétiques et de gels afin de limiter les arrêts. Mon VTT Origine Théorème FS a été allégé au maximum. Je transporte le strict nécessaire : bivy, duvet et matelas gonflable. Pour le reste, ma tenue habituelle et plusieurs couches adaptées aux conditions écossaises, sans oublier une paire de chaussettes étanches qui se révélera être un véritable game changer.

Car oui, les conditions météo font déjà partie de l’équation. Les prévisions annoncent du froid et de l’humidité. La semaine précédente, les sommets les plus élevés étaient encore recouverts de neige.

À 8h30 précises, le départ est donné.

Très vite, un groupe d’une douzaine de coureurs se détache. Graham prend les commandes tandis que je roule pendant près de deux heures aux côtés de Justinas dans une ambiance détendue. Les sensations sont excellentes. Le vélo répond parfaitement aux exigences du terrain et confirme rapidement qu’il est le choix idéal pour cette aventure.

Peu à peu, je laisse filer les plus rapides et trouve mon propre rythme. Les paysages sont déjà grandioses : de longues vallées, des lochs à perte de vue et une lumière typiquement écossaise. Pas une goutte de pluie durant cette première journée.

Un vrai cadeau.

Au kilomètre 146, j’effectue mon premier arrêt à Fort Augustus, à l’extrémité du célèbre Loch Ness. Les possibilités de ravitaillement sont rares sur le parcours. J’en profite pour refaire le plein d’eau et engloutir une quantité impressionnante de nourriture. Pendant ce temps, quelques concurrents me dépassent presque sans s’arrêter. Impressionnant.

La nuit s’annonce froide mais sèche. Je décide donc d’avancer le plus loin possible. Les heures défilent. À 4 heures du matin, je découvre un petit abri de fortune. Je m’accorde une heure de repos avant de repartir.

Les premières 48 heures sont avalées à un rythme soutenu. Les 500 premiers kilomètres restent relativement roulants et la majorité du parcours peut être parcourue sur le vélo.

Le nord sauvage

Le deuxième jour, j’évolue seul aux alentours de la cinquième position.

Les possibilités de ravitaillement sont quasiment inexistantes. À Oykel Bridge, un hôtel accepte simplement de me fournir de l’eau chaude pour préparer mon repas lyophilisé. Un luxe dans ces contrées reculées.

Le vent se renforce et les températures restent basses.

À l’approche du point le plus septentrional du parcours, vers 14 heures, les choses se compliquent brutalement. Une véritable tempête s’abat sur moi. Ma veste pourtant réputée imperméable finit par céder. En quelques minutes, je suis totalement trempé.

Je tente ma chance auprès d’une maison isolée pour m’abriter quelques instants, sans succès. Finalement, je découvre une petite cabane abandonnée, ancien abattoir à moutons. J’y passe trois heures à me réchauffer et à sécher tant bien que mal mes vêtements.

Vers 18 heures, il est temps de repartir.

Le premier véritable hike-a-bike de l’épreuve m’attend. Trois heures à pousser le vélo dans un environnement détrempé où chaque pas s’enfonce dans une immense éponge naturelle. Malgré la rudesse du terrain, les lumières sont incroyables. Les nuages, la brume et les rayons du soleil composent des paysages presque irréels.

Vers 20 heures, j’approche les 420 kilomètres parcourus.

Je poursuis jusqu’à Kylesku où je trouve probablement le meilleur refuge de toute l’épreuve : le lobby d’un petit hôtel. Chauffage, canapé et quelques provisions disponibles au minibar. Le paradis. Bryn Appleton viendra d’ailleurs me rejoindre quelques heures plus tard avec exactement la même idée.

Fisherfield, le juge de paix

Après deux à trois heures de sommeil, je repars à 4 heures du matin.

Direction la côte nord-ouest.

Les montées et descentes abruptes s’enchaînent jusqu’à Drumbeg où une petite épicerie ouvre ses portes dès 6 heures. Café chaud, sandwichs et quelques provisions supplémentaires : un moment simple mais précieux.

Le parcours longe ensuite la mer avant de replonger à l’intérieur des terres.

Un interminable hike-a-bike de cinq heures le long d’un loch me ramène vers Oykel. À ce moment de la course, je remonte progressivement au classement. Deux concurrents apparaissent au loin.

Après un arrêt rapide pour nettoyer le vélo, je poursuis ma progression et rejoins Ullapool en cinquième position.

La suite m’emmène vers la portion la plus isolée et la plus engagée du parcours. Les montées extrêmement raides s’enchaînent. Je pousse longuement le vélo avant de profiter des portions roulantes où le Théorème FS fait merveille.

Puis arrive le passage mythique de la Highland Trail : Fisherfield.

La célèbre traversée de rivière est au programme. Cette année, le niveau d’eau est relativement clément et ne dépasse guère les genoux. Certaines éditions obligent pourtant les concurrents à attendre des heures avant de pouvoir traverser.

La suite est beaucoup moins clémente.

Vent violent, pluie battante, portages interminables.

Un véritable combat.

À 2 heures du matin, j’atteins enfin le Poolewe Hotel. La réception est fermée mais je trouve refuge dans le hall d’entrée où je parviens à sécher une partie de mon équipement. Deux heures de sommeil seulement avant de repartir.

Les derniers kilomètres

Le petit-déjeuner du Myrtle Bank Hotel à Gairloch, avec vue sur la mer, redonne le sourire.

La journée est plus roulante. Je rejoins Dornie où je prends le temps d’un café avant d’aborder une nouvelle nuit en montagne.

Je roule alors en compagnie de Ben Brought. Ensemble, nous traversons des paysages sublimes dans la région de Knoydart, entre vallées glaciaires et montagnes sauvages.

Nous poursuivons jusqu’à Fort William où je trouve refuge dans le sas d’accueil d’une auberge de jeunesse.

Le dernier jour débute dans des conditions hivernales.

Je repars trempé, frigorifié. Le thermomètre affiche -1°C.

Les derniers 60 kilomètres paraissent interminables. L’énergie est toujours présente mais le terrain est incroyablement cassant. Chaque kilomètre se mérite.

Pourtant, je profite pleinement de ces derniers instants. Les paysages sont magnifiques et je sais déjà que cette aventure restera gravée longtemps dans ma mémoire.

À 18h15, je retrouve enfin Tyndrum sous le soleil pour terminer en 4 jours et 10 heures.

Je franchis la ligne d’arrivée en 5e position.

Sébastien Mieze sur la Highland 550

Une course à part

Cette Highland Trail fut l’une des aventures les plus marquantes que j’ai vécues à vélo.

Plus technique, plus sauvage et nettement plus accidentée que le Tour Divide, elle impose une gestion permanente de la fatigue, du froid, de l’humidité et de l’isolement.

Ici, les ravitaillements sont rares, le terrain ne laisse aucun répit et la nature dicte sa loi.

Mais c’est précisément ce qui rend cette épreuve unique.

L’Écosse offre des paysages d’une beauté brute et une sensation d’aventure permanente que l’on retrouve rarement ailleurs.

J’ai adoré chaque instant.

Le matériel

Un dernier mot pour mon VTT Théorème FS qui s’est révélé être la monture parfaite pour ce type de terrain. Confortable, réactif et rassurant dans les descentes les plus engagées, il a trouvé le juste équilibre entre rendement et capacité de franchissement.

J’avais choisi de retirer la tige de selle télescopique afin de gagner quelques grammes. Avec le recul, je l’aurais probablement conservée pour faciliter les innombrables passages de barrières à moutons.

Pour le reste, mon setup était parfaitement optimisé et mes choix textiles se sont révélés particulièrement pertinents face aux conditions écossaises.

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