Du Luxembourg au Mont Ventoux, en bikepacking

L’idée de départ de ce périple était de monter le Mont Ventoux avec un ami, l’ayant déjà fait et mon épouse passant la semaine en stage à proximité, je me suis fixé comme objectif de descendre à vélo les rejoindre en descendant la voie Bleue puis la ViaRhôna.

ViaRhona

Première journée – Luxembourg – La Vôge les Bains 259 km – 623 m D+

Départ très tôt de la maison à 4H30 pour aller prendre le train à la gare située à 6 km, traverser une partie du Luxembourg avant le lever du soleil, et ainsi rejoindre le départ de la voie bleue.

Démarrage de l’application STRAVA à Oetrange (ce qui permettra à ma femme et à copain Lionel de suivre ma trace en direct), et direction Remich à 12 km pour rejoindre la piste cyclable PC 7 qui longe la Moselle, puis passage de la frontière (qui n’existe plus) et je démarre sur la voie bleue.

Temps plutôt frais (14°C) avec un brouillard qui m’accompagnera pendant une bonne heure.

La signalétique de la voie bleue est très bien, la piste est roulante et régulièrement ombragée, et le passage à Pont à Mousson magnifique avec la vue sur l’Abbaye des Prémontrés.

Arrivée à Nancy pour déjeuner vers midi après une première matinée sur un bon rythme (24 km/h de moyenne et 130 km effectués) ; je connaissais déjà le parcours et le GRAXX 2 est un très bon rouleur.

Je repars après avoir avalé un sandwich et la chaleur commence à se faire sérieusement sentir, le paysage est très beau le long des canaux et je ferai plusieurs arrêts à l’ombre avant d’arriver sur Epinal et dévaliser une boulangerie en eau fraîche, boisson sucrée et une pâtisserie (après 220 km et 5000 calories brûlées, je me suis dit que c’est bien mérité !)

Le passage des 39 écluses pour remonter sur les hauteurs de Golbey est vraiment très beau et beaucoup de monde s’y promène à pied ou à vélo.

Appel de mon copain Lionel vers 19H30 qui voit les kilomètres défiler et se demande quand je vais m’arrêter, justement je suis dans les derniers kilomètres et cela annonce la fin de ma journée après 260 km. J’arrive dans une charmante auberge au bord du canal. Les gérants sont charmants et sont surpris de la distance réalisée.

Deuxième journée – La Vôge les Bains – Seurre 237 km – 771 m D+

Départ après un bon petit-déjeuner pour recharger les batteries et une petite pluie m’accompagnera sur les premiers cinquante kilomètres. Ce n’est pas grave, tant cette partie des Vosges est magnifique au petit matin avec le canal qui serpente les bois.

J’imprime un bon rythme, car j’ai encore une bonne distance aujourd’hui, mais je commence malheureusement à sentir quelques douleurs au niveau de la selle ; n’ayant pas fait le bon choix de selle lors de l’achat du GRAXX 2, je l’ai remplacé par la selle SDG bel air de mon VTT que j’utilise depuis 5 ans. C’est une belle erreur qui va générer des échauffements et irritations, et m’ôter une couche de peau au plus mauvais endroit (malgré la crème de chamois utilisée).

Fort heureusement, le tracé de la voie verte est splendide et me fait oublier quelque peu mes douleurs. Elle longe le canal des Vosges dans un univers verdoyant que l’on apprécie à chaque coup de pédale ; je me retrouve à un moment sur une bande de terre avec la rivière à ma gauche, et le Canal des Vosges à ma droite.

luxembourg mont ventoux

Je quitte la Lorraine et arrive en Franche-Comté avec toujours de très beaux tracés ; la voie Bleue quitte temporairement les voies fluviales pour les grands axes. C’est moins sympa mais au moins il y a des commerces pour se ravitailler le long de la trace. Je m’aperçois que le tracé passe par un village où j’ai de la famille et je passe les saluer vers 10h. Ils sont tout surpris de me voir là avec mon vélo. « Heureusement que tu as un électrique » me disent-ils vu la distance. Et bien non, c’est à la force des mollets. Ils me souhaitent « bon courage » et n’ont aucun doute quant à la réalisation du projet.

Je reprends ensuite les chemins le long de la Saône et m’arrête déjeuner une barquette de frites dans un camping (au diable les calories, elles seront vite dépensées !) ; en mode bike packing, il ne faut pas trop se poser de questions et s’arrêter dès qu’un ravitaillement est possible.

Au départ de Scey-sur-Saône, j’arrive sur le tunnel de Saint-Albin, long de 681 m, qui traverse une colline et permet de couper un méandre de la Saône afin de favoriser le transport fluvial (c’est écrit sur le panneau). Impressionnant, et il va falloir gravir la colline pour retrouver le canal quelques kilomètres plus loin ; j’arrive plus loin sur un charmant bar /restaurant et ginguette (Le Barnayout) qui fait d’excellent smoothie. Un délice vu la chaleur et les calories déjà perdues.

Les chemins de halage sont très bien entretenus et avaler des kilomètres sur le GRAXX est un plaisir jusqu’aux environs de Seurre ; la maison d’hôtes étant à 6 km de la voie bleue, je décide de faire confiance à Google Maps pour m’y rendre. Grosse erreur car le tracé commence par un chemin caillouteux dans les bois qui arrive dans un parc pour finir en mono trace boueuse entourée par les moustiques en pleine forêt. Je finirai à pied le dernier kilomètre dans les orties et ronces après avoir perdu l’avant dans une flaque bien boueuse et pris un bon bain de boue (à cette heure-ci l’argument c’est bon pour la peau n’a plus aucune saveur).

Je trouverai une sortie via un champ avec des chevaux surpris de me voir là, plus qu’une barrière à franchir et je serai sorti. Je passe le vélo au-dessus de la barrière et « boum », je me retrouve par terre après avoir pris un bon coup de jus. C’était électrifié et pas du 12 V alternatif !

J’arriverai finalement vers 20H30 bien exténué à la chambre d’hôtes. Le Graxx aura droit à un bon nettoyage et une vérification en règle grâce au coin maintenance vélo mis à disposition.

Troisième journée – Seurre – Villefranche sur Saône 172 km – 316 m D+

Retour sur la voie bleue aux aurores après un excellent petit-déjeuner pour bien recharger les batteries ; j’applique avec générosité la crème de chamois, mais le mal est fait et j’ai la peau à vif, je vais passer mon temps dorénavant à lire toutes les aspérités de la route et essayer d’éviter la moindre bosse !

Arrivée sur Chalon sur Saône vers midi et il commence à faire très chaud, moment opportun pour un plantage en règle du GPS et je m’engage gaiement sur la voie verte qui est très agréable, avant de m’apercevoir au bout de 15 km grâce à un copain de Givry que je fais fausse route et je pars plein Est. Vert ce n’est pas bleu ! Le moral en prend un coup, surtout que la liaison reprend la route principale et il y a très peu d’ombre ; petit arrêt vers 14h pour un peu de repos à l’ombre. Le bonhomme et la machine ont chaud !

Je rejoins la voie bleue et les berges de la Saône, avec Verdun sur le Doubs, puis Tournus, charmante bourgade pour déjeuner. Il y a de beaux chemins goudronnés avec du monde et c’est très agréable de rouler.

De belles rencontres sur la voie bleue avec des étrangers (Hollandais et Allemands) qui viennent découvrir la France à vélo. Respect quand tu vois le chargement qu’ils ont et certains sont en autonomie complète avec la tente !

Fin de la journée sur du chemin vert de halage caillouteux. Le ciel s’assombrit et les nuages noirs arrivent. Un bel orage arrive et me voilà sous des trombes d’eau pour finir les 20 derniers kilomètres sur des pistes vertes et sablonneuses. J’avais prévu le coup et suis bien équipé d’une veste de pluie, mais après 8h de vélo le mental en prend un coup. J’appelle ma femme et elle réconforte, ça me booste pour finir.

J’ai juste peur d’avoir un souci mécanique à ce moment-là dans les chemins verts, mais mon vélo Origine Graxx 2 s’avère être un excellent baroudeur.

Quatrième journée – Villefranche sur Saône – Le Pouzin 175 km – 592 m D+

Départ de Villefranche pour rejoindre la voie bleue ou plutôt le chemin aux mille flaques ; ça n’est plus les beaux chemins goudronnés du nord et c’est pénible d’avoir à bouffer 30 bornes sur ce type de revêtement en slalomant, néanmoins les jolis paysages des monts du Beaujolais valent le détour.

Arrivé sur Lyon vers 10h et fin de mon périple sur la voie bleue après environ 684 km sur la voie bleue, un grand merci à ceux qui ont tracé ce très bel itinéraire en Lorraine et Franche Comté.

Petite vidéo pour les réseaux sociaux et je suis agréablement surpris des encouragements de mes amis proches et lointains, c’est sympa et bon pour le moral.

La sortie pour rejoindre la ViaRhôna me fait passer en agglomération lyonnaise. Ce n’est pas évident de s’y retrouver, surtout que le tracé n’est pas aussi bien fléché que la Voie Bleue et on se retrouve sur route ouverte avec voitures, bus et camions ; la trace rejoint le Rhône le long de l’autoroute du soleil et me fait prendre des pistes caillouteuses en mode single et où un VTT serait préférable ou des pneus adaptés !

Il est conseillé sur le site de la ViaRhôna de prendre le train jusqu’à Givors. Je comprends maintenant pourquoi.

Après 25 km à me faire secouer sur des singles sous des températures élevées, arrêt à Vienne pour déjeuner après avoir roulé 75 km. Il me reste 100 km et au vu des chemins je décide afin de gagner du temps de reprendre la mythique nationale N7 (route des vacances). Il y a pas mal de circulation mais la route est assez large et je peux emmener du braquet. Il fait très chaud et je ferai plusieurs arrêts pour remplir la gourde de glaçons et manger quelques délicieuses cerises.

J’aurais pu essayer de reprendre le tracé de la ViaRhôna à ce moment-là, mais la chaleur écrasante en milieu d’après-midi impose des arrêts fréquents pour remplir la gourde, et je n’étais pas sûre de pouvoir trouver les ravitaillements appropriés le long du parcours ; c’est un point sur lequel il faut être vigilant sur ce type de périple sur les grosses distances.

Les paysages avec les vignes en coteaux sur Condrieu sont très beaux et au moins on a le temps de les contempler contrairement à l’autoroute.

Je reprends le tracé de la ViaRhôna sur Valence ; il y a beaucoup plus de monde à vélo et pas mal de gens en itinérance (français et étrangers). J’arrive en fin de journée à l’hôtel qui se trouve sur le tracé (le rêve) ; je ne suis pas le seul à l’hôtel et la pièce à côté de la réception est remplie de vélos, généralement beaucoup plus chargés que le mien.

Dîner frugal à l’hôtel avec un bon plat de pâtes devant Kho Lanta. Ça fait du bien de voir des gens en baver dans des épreuves !

Cinquième journée – Le Pouzin – Mormoiron (Bédoin) 146 km – 627 m D+

Départ très tôt sur la ViaRhôna avec un groupe de 3 Canadiens qui viennent découvrir la France. On discute bien et c’est sympa de voir les étrangers prendre un moyen de locomotion non motorisé pour découvrir notre beau pays. Le tracé nous fait passer par des très beaux petits villages.

Poursuite de mon périple avec beaucoup plus de monde qui voyage en itinérance dans la région, et qui prennent le temps de contempler et visiter les villages comme Viviers que je ne ferai qu’apercevoir.

Traversée d’un magnifique pont suspendu à Rochemaure, puis passage par Montélimar et sortie avant Bollène pour rejoindre Saint Paul les 3 châteaux.

Arrêt dans la charmante bourgade de Saint Paul pour me restaurer. J’ai envie de salé et je dévore un plateau de charcuterie et fromage ; la vendeuse me questionne sur mon périple et me dit que son mari est lui aussi un grand malade. Il fait lui aussi des longues distances à vélo et en trail.

Sur les hauteurs de Saint Paul j’aperçois enfin le Mont Ventoux qui se dresse majestueusement. Je suis au milieu des champs de lavande sur une jolie départementale et j’exulte tout seul sur mon vélo. Ça y est, j’ai mon objectif en visuel !

Direction Visan pour aller faire coucou à mon épouse qui est en stage et on s’est quitté il y a 5 jours ; elle est très fière de mon périple et moi ravi des encouragements ; on recharge la gourde et je repars en milieu d’après-midi sous 35°C. Il me reste encore 50 km et ça commence à être dur.

Heureusement, mon copain Lionel vient à ma rencontre pour les derniers 40 km. C’est super sympa et ça motive pour finir, il est frais et imprime un bon rythme sur des routes plus vallonnées. J’ai un peu de mal à le suivre avec mes 950 km dans les mollets et les 110 km de la journée sous 35°C. Il fait tellement chaud en milieu d’après-midi que nos cuissards noirs chauffent l’arrière. Je grimace du fait de mes douleurs à la selle. Ça le fait bien rire. J’analyse toutes les aspérités de la route et les anticipe. Il est temps d’arriver car je commence à trop compenser et des douleurs inhabituelles apparaissent aux chevilles et genoux.

Arrivée à destination en fin d’après-midi, avec une bonne bière bien méritée ; objectif remplit. Il nous reste maintenant le géant de Provence à dompter après une journée de repos bien mérité.

Sixième journée – Ascension du Mont Ventoux 57 km – 1683 m D+

Ultime étape de mon périple avec mon copain Lionel (qui ne voit pas souvent des cotes comme celle-là en Loire Atlantique). Sortie la plus courte, mais aussi la plus pentue.

Départ très tôt depuis Bédoin (07H00) ; on attaque la pente à notre rythme en moulinant et en évitant de se mettre dans le rouge ; passé les premiers 500 m mon coéquipier cherche déjà à passer un pignon supplémentaire à l’arrière. Manque de chance c’est déjà le dernier !

Premier arrêt au bout de 2 km pour enlever le coupe-vent, c’est que l’ascension nous donne déjà chaud. On monte au train jusqu’au chalet Reynard (1H18 depuis Saint Estève), puis petit arrêt pour prendre une barre et on attaque la dernière ascension sous un vent terrible dans les deux derniers kilomètres, avec de belles bourrasques qui nous font presque reculer parfois ! Ce vent nous glace et on remet le coupe-vent, puis on arrive ensemble après plus de 2h d’effort.

Petite photo d’usage avec mon fidèle destrier.

Mont Ventoux

Dans la descente vers Bédoin, on croise énormément de cyclistes, voitures, camping-cars et même des chevaux ! C’est un peu la cohue et on se dit qu’on a eu raison de partir très tôt.

Objectif atteint, heureux et fier d’avoir monté ensemble le Ventoux

Extrêmement content également d’être arrivé à bon port sur mon Origine Graxx, pas un seul incident mécanique à déplorer, vraiment un super vélo qui donne juste envie de repartir !

Configuration du vélo

Graxx bikepacking

 

Récit par : Pierre Peton

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