Entretien avec Marie-Aurore Stiker-Métral, designer produit, autour de Guidole, une lampe inspirée de la guidoline de vélo.
Quand un détail du vélo devient un objet de design
Tout commence par une scène, presque anodine.
Une prise de parole lors de la présentation de la collaboration entre Ligne Roset et Origine Cycles au Palais de Tokyo. On y évoque les échanges de savoir-faire, les croisements entre mobilier et cyclisme, et notamment l’apport de la sellerie dans la conception du vélo.
Mais pour Marie-Aurore Stiker-Métral, c’est un détail précis qui fait basculer l’écoute vers l’intuition :
« Quand j’ai entendu parler de la guidoline en cuir soft-touch, enroulée à la main autour du guidon, j’ai trouvé ça fascinant. C’est un geste très spécifique au vélo, très technique, mais aussi très sensuel dans le rapport à la matière. »
Ce moment marque le point de départ de Guidole. Une idée simple en apparence : déplacer un savoir-faire issu du vélo vers un objet domestique. Mais une idée qui ouvre en réalité un champ d’exploration beaucoup plus vaste.
Révéler un savoir-faire là où on ne l’attend pas
Ce qui intrigue la designer, ce n’est pas seulement l’esthétique de la guidoline, mais son statut.
« C’est un savoir-faire de Ligne Roset qu’on ne voit jamais dans un objet domestique. Il est utilisé ici sur un vélo, mais pas dans le mobilier. Il y avait quelque chose à révéler. »
Dans cette démarche, Guidole devient presque un manifeste : montrer autrement une technique, lui offrir un nouveau territoire d’expression.
Le choix du luminaire s’impose progressivement.
« Le pied de lampe permettait à la fois une grande surface d’expression et un rapport direct au toucher. On pose la main sur une lampe, on la déplace… il y a une proximité. »
Le geste d’enroulement devient alors central. Visible, lisible, mais aussi sensible.
Une esthétique construite autour du contraste
Si le pied affirme une forte identité, le reste de la lampe adopte une posture volontairement en retrait.
« J’ai dessiné une forme de dôme très simple en verre opalin. C’est un matériau classique du luminaire, presque neutre. Il capte la lumière et disparaît presque au profit de la diffusion de la lumière »
Ce choix n’est pas anodin. Il permet de créer un équilibre subtil :
- d’un côté, une matière expressive, tactile, presque narrative
- de l’autre, une forme épurée, silencieuse
« L’idée était vraiment de laisser la guidoline s’exprimer. Dans beaucoup de luminaires, le pied est secondaire. Ici, c’est l’inverse. »
Ce renversement des hiérarchies donne à Guidole une présence singulière : une lampe qui attire par le détail autant que par la forme globale.
Le défi invisible : maîtriser le geste
Derrière l’évidence du résultat se cache une réalité plus complexe.
« Les premiers prototypes n’étaient pas aussi réussis. On a dû affiner la technique. »
Comme sur un vélo de course, poser une guidoline demande précision, régularité et expérience.
La difficulté tient notamment à plusieurs éléments :
- la longueur de la pièce de cuir
- la nécessité de raccords discrets
- la régularité de l’enroulement
- la tension appliquée à la matière
« C’est un geste qui demande une vraie dextérité. Même dans le monde du vélo, tout le monde ne sait pas poser une guidoline correctement. »
Ce travail révèle une dimension essentielle du projet :
Guidole n’est pas seulement inspirée du vélo, elle en reprend aussi les exigences.
Entre industrie et artisanat
Comme souvent chez Ligne Roset, la production se situe à la frontière entre fabrication industrielle et intervention humaine.
« Même dans des processus très industrialisés, il y a toujours une part de main. Sur un canapé, sur un siège… et ici aussi. »
L’enroulement du cuir ne peut pas être totalement automatisé. Il nécessite un geste, une attention, une répétition maîtrisée.
« Il y avait aussi l’envie de rendre hommage à cette part artisanale. »
Ce lien entre geste et objet fait écho à celui du cycliste avec son vélo : une relation directe, physique, presque intime.
Une démarche guidée par la technique
Le projet Guidole illustre parfaitement l’approche de Marie-Aurore Stiker-Métral.
« Je pars souvent d’un procédé de fabrication, d’un savoir-faire. C’est ce qui me permet de trouver des formes plus personnelles. »
Dans un contexte où les images circulent massivement et où les tendances se diffusent rapidement, cette méthode devient un moyen de se démarquer.
« Quand on dessine “à partir de rien”, on retombe souvent sur des formes existantes. Le processus technique, lui, crée des contraintes qui ouvrent des chemins nouveaux. »
Guidole est ainsi moins une forme qu’un résultat : celui d’un geste appliqué à une fonction.
Le vélo, un objet total
Au fil de la discussion, une évidence s’impose : le vélo est bien plus qu’un simple moyen de transport.
« C’est un objet extraordinaire. Il y a la performance, la technique, mais aussi la couleur, la ligne… une vraie esthétique. »
Pour la designer, l’inspiration pourrait aller bien au-delà de la guidoline :
- structures tubulaires
- cadres triangulés
- systèmes de serrage
- composants mécaniques
« Tout ce qui demande rigidité, résistance, précision… peut être transposé dans d’autres objets. »
Elle évoque même des pistes futures : mobilier, luminaires, structures… autant de terrains où l’ADN du vélo pourrait s’exprimer autrement.
Une relation personnelle au vélo
Au-delà du projet, le lien au vélo est aussi intime.
« J’aime rouler. J’aime l’objet que représente le vélo. Il y a une dimension de liberté incroyable. »
Elle évoque également son attachement aux vélos vintage, aux marques françaises historiques, à la finesse des tubes.
Un regard qui résonne avec l’approche d’Origine Cycles, où l’esthétique du cadre et la précision des lignes occupent une place centrale.
L’importance de l’histoire
Dans un monde saturé d’objets, Guidole rappelle une chose essentielle : un objet n’existe jamais seul.
« L’histoire est fondamentale. C’est elle qui crée l’attachement. »
Une histoire faite ici de :
- collaboration entre deux univers
- transmission de savoir-faire
- détournement d’usage
- geste artisanal
Et surtout, une histoire qui relie deux mondes rarement associés :
le design domestique et le cyclisme de performance.
À découvrir prochainement dans les boutiques Ligne Roset.
Découvrez l’univers de Marie-Aurore Stiker-Métral sur son site https://www.mastikermetral.com/
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